Arts plastiques

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La seconde guerre mondiale et en particulier la Shoah ont modifié considérablement la place et les formes de l’art. Il n’est plus possible de créer avec le même état d’esprit après 1945 et l’ouverture des camps. De plus, avec la disparition des derniers témoins, c’est l’art, entre autres, qui prendra cette fonction mémorielle et c’est dans cet axe que nous construisons nos actions.

Les ateliers se déroulent dans le cadre de cours d’accompagnements personnalisés et visent autant la pratique plastique que la réflexion théorique sur ces questions de mémoire à travers l’art.

 

 

Entre créer et témoigner

L’apparition et l’existence des Sentiers de la mémoire reposent en grande partie sur les liens qui ont été tissés avec des témoins des crimes de masse. Ces relations et les témoignages qui en découlent sont d’une valeur inestimable au regard de l’histoire. Ils comblent ou tentent de combler un vide, une absence, qui est le résultat de la tentative de faire disparaître un peuple et sa culture.Et lors de la disparition des derniers témoins, on assistera à un second vide, une seconde absence. 

Il ne restera alors que des traces documentaires, des témoignages enregistrés consciencieusement, faisant du même coup office de mémoire collective, de postérité. Il s’agit alors de s’interroger sur ce qui perdurera de cette mémoire collective.

C’est peut être alors que le temps du travail de cette mémoire est arrivé, une mémoire particulière, qui n’est a priori pas directement la nôtre et qui pourtant est collective car touchant à l’humanité dans son ensemble. Je fais mienne cette phrase de l’écrivain Yannick Haenel (auteur de Jan Karki, mon nom est une fiction) lors de la conférence à laquelle nous avons assisté le jeudi 06 octobre 2011: « Je me sens traversé par une mémoire plus grande que moi ». Je la fais mienne car il me semble que nous ne sommes pas des témoins mais que nous pouvons et que nous devons faire vivre cette mémoire.

Mais comment travailler cette mémoire si nous ne sommes pas des témoins ? Sommes-nous autorisés à porter les paroles de Arlette Testyler, de Claude Bloch et de tant d’autres témoins ?

Bien sur, faire vivre cette parole est le travail de l’historien, par des recherches méthodiques. C’est aussi le rôle du politique par des actions commémoratives et c’est le rôle de l’institution scolaire qui peut encore organiser des rencontres entre les élèves et les témoins survivants.

Mais l’art peut et doit prendre le relais même s’il apparaît compréhensible que l’acte de création semble contestable et peut être dérisoire compte tenu de la nature de l’événement. Le philosophe allemand Adorno disait « écrire un poème après Auschwitz est barbare » (1949), mais il revient sur cet aphorisme en disant que « la sempiternelle souffrance a autant de droit à l’expression que le torturé celui de hurler ; c’est pourquoi il pourrait bien avoir été faux d’affirmer qu’après Auschwitz il n’est plus possible d’écrire de poèmes » (Dialectique négative, 1966).

On peut donc admettre que le travail de mémoire passe par une pratique permettant le ressenti. Il est vain, évidemment, de croire qu’une œuvre fasse revivre (même de loin) les différentes expériences concentrationnaires ou se substitue à la parole d’un témoin, mais il est urgent de penser à faire vivre cette mémoire. Et c’est peut être le chemin de l’art.

Les membres de l’association participant à l’atelier art et mémoire sont amenés à questionner ces aspects dans leurs propres productions en s’interrogeant particulièrement sur « quoi représenter » (de ce que l’on n’a pas vu). C’est aussi le « comment représenter » qui est devient un axe de réflexion en prenant en compte le vide et l’absence comme matériaux. Ce travail permet de matérialiser sans la représenter la disparition d’un peuple, d’une culture, c’est-à-dire de « rendre présent cette absence ».

Ronan Descottes et Christian Savary

Editorial pour le bulletin de l’association des Sentiers de la mémoire

 

 

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